Comprendre la Trame du vieux bois
La forêt traverse actuellement une période de fortes perturbations, notamment des dépérissements liés au changement climatique (sécheresses, attaques de parasites comme le scolyte, multiplication des incendies…) alors que son importance est plus que jamais cruciale pour répondre aux besoins actuels, entre bois d’œuvre, stockage de carbone, refuge pour la flore et la faune, activités de pleine nature… Pour relever ce défi, l’écosystème forestier doit pouvoir atteindre un équilibre qui lui permettra de faire preuve de résilience, pour mieux faire face aux aléas naturels et anthropiques.
Qu’est-ce que le vieux bois ?
Les vieilles forêts sont à la fois anciennes (présentes depuis au moins le XVIIIème siècle) et matures (avec de vieux et gros bois, vivants comme morts).
L’exploitation forestière tend à raccourcir le cycle naturel de la forêt en prélevant les arbres dès qu’ils atteignent un certain diamètre. Ces pratiques retirent donc du cycle forestier de la matière organique, des habitats spécifiques constitués par les vieux arbres (cavités, excroissances), et les gros bois morts qui abritent des espèces spécialisées, à même de dégrader cette matière et d’en restituer les nutriments au sol et à l’écosystème.
Pourquoi une trame ?
Pour accomplir leur cycle de vie et s’adapter aux changements environnementaux, les espèces doivent se déplacer dans des milieux favorables pour accéder aux ressources dont elles ont besoin. De nombreuses espèces végétales, animales et fongiques dépendent du bois mort ou vieux pour se nourrir ou se reproduire, et sont donc fortement impactées par l’exploitation forestière.
La création d’une trame de vieux bois, avec des zones de forêts en libre-évolution et des arbres habitats conservés dans les secteurs exploités, permettra à ces espèces de trouver les ressources sur des distances adaptées à leurs capacités de déplacement. Le maintien d’une grande diversité d’espèces, essentiel au bon fonctionnement de l’écosystème forestier, renforcera la résilience des forêts face aux perturbations.
Quels sont les services écosystémiques rendus par le vieux bois ?
Le vieux bois rend de nombreux services écosystémiques tels que le maintien de l’humidité en forêt, le stockage de carbone dans les sols, la fourniture de ressources (nourriture, habitat, sites de reproduction…) aux espèces animales, végétales et fongiques. Il permet à la forêt d’avoir une meilleure résistance et résilience face au changement climatique, et donc également de maintenir la production de bois pour l’ensemble des usages, dans le cadre d’une gestion multifonctionnelle équilibrée.
A noter que les études scientifiques n’indiquent pas d’aggravation du risque incendie du fait de la présence de bois mort. Au contraire, plus celui-ci est gros, plus il remplit un rôle d’éponge qui permet de maintenir une certaine humidité et de restituer de l’eau en période de sècheresse.
📥 Découvrez en image ces services rendus par le vieux bois, en pages centrales de notre plaquette illustrée, téléchargeable en cliquant ici.
Quelles actions pour le développement d’une trame de vieux bois ?
Stratégies et programmes d’actions
Plusieurs programmes et stratégies aux échelles européenne, nationale ou régionale fixent des objectifs concernant le développement d’une trame de vieux bois.
Par exemple, conformément aux textes européens, la Stratégie Régionale Biodiversité 2020-2027 fixe, parmi ses objectifs prioritaires, le renforcement de la trame de vieux bois à hauteur d’au moins 3 % de vieux bois dans les forêts publiques (dont 1 % en îlots de sénescence) et 8 % de vieux bois dans les zones à enjeux.
On peut également citer le lancement en 2022 d’un Plan National d’Actions vieux bois, qui vise à identifier et cartographier les vieilles forêts, afin de mettre en place des aires de protection forte et des secteurs laissés en libre évolution. Ce plan sera finalisé début 2026 et décliné ensuite sur les différentes régions du territoire métropolitain.
Le règlement européen sur la restauration de la nature, adopté le 17 juin 2024, renforce ces orientations avec l’exigence d’améliorer la biodiversité des écosystèmes forestiers, en laissant par exemple davantage de bois morts dans les forêts.
Outils de mise en oeuvre
Pour atteindre ces objectifs, les propriétaires et gestionnaires forestiers peuvent notamment mettre en place des îlots de sénescence ou des secteurs en libre évolution, où aucune intervention forestière ne sera plus menée, permettant l’expression d’une dynamique totalement naturelle avec le développement de stades forestiers matures. Ils peuvent aussi laisser des “arbres habitats” de différentes essences au sein des forêts exploitées, c’est-à-dire des arbres souvent âgés et présentant de multiples micro-habitats (cavités, soulèvements d’écorce…).
De quels financements pourrais-je bénéficier si je veux mettre en place ce type d’actions ?
Life BiodivEst
La Région Grand Est a monté avec de nombreux partenaires le programme d’actions Life BiodivEst, en faveur de la biodiversité, qui comporte notamment un volet en faveur des forêts et du développement d’ilots en libre évolution. Un accompagnement financier est ainsi disponible pour les particuliers et collectivités qui souhaiteraient mettre en place des ilots sur leurs parcelles forestières.
► Plus d’informations sur le projet Life BiodivEst : https://biodiversite.grandest.fr/life-biodivest/
► Plus spécifiquement sur son volet forêt :
https://biodiversite.grandest.fr/life-biodivest/les-actions-2/forets-et-changement-climatique/
Natura 2000
Des contrats Natura 2000 forestiers peuvent être signés entre l’État et les propriétaires s’engageant à mettre en place des îlots de sénescence pour au moins 30 ans, moyennant une indemnisation calculée en fonction d’un barème.
Plus d’informations sur Natura 2000 :
► https://biodiversite.grandest.fr/le-grand-est-en-mouvement/des-territoires-pour-la-biodiversite/natura-2000/
► https://www.grand-est.developpement-durable.gouv.fr/les-contrats-natura-2000-a17254.html
Nature Impact
Initiative du WWF France destinée à financer les projets des propriétaires forestiers souhaitant agir en faveur de la biodiversité dans les forêts françaises.
Plus d’informations :
► https://www.wwf.fr/nature-impact
Que dit la science pour l’atteinte d’une meilleure fonctionnalité écologique ? Les préconisations scientifiques actuelles sont les suivantes :
- au moins 6 à 10 arbres habitats / hectare (https://hal.INRAE.fr/hal-02624205),
- 10% de la surface des forêts concernées laissés en libre-évolution pour présenter une diversité suffisante de micro-habitats et de bois morts (https://revueforestierefrancaise.agroparistech.fr/article/view/5465),
- au moins 20 à 50 m3 /ha de bois mort (https://totholz.wsl.ch/fr/bois-mort/quantites-de-bois-mort/valeurs-optimales-de-bois-mort/).