Regards sur la formation biosourcés
Les 27 et 28 avril dernier, la 14e session de formation des ambassadeurs des matériaux biosourcés à réuni à Metz une trentaine de participants. Les diverses filières locales (terre crue, paille, chanvre) ont été présentées. Retour sur ces deux journées avec quelques interviews d’intervenants et participants !
La parole aux intervenants
Découvrez les regards croisés de professionnels qui participent à la connaissance et au développement des filières biosourcées du territoire.-
Co-fondatrice et salariée de l’association Des Idées plein la Terre.
Pouvez-vous nous parler de la structure dans laquelle vous travaillez et de son rôle dans le domaine des matériaux biosourcés ?
Basée à Reims, l’association "Des idées plein la terre" est une association d’éducation populaire qui fait de la sensibilisation en promouvant l’éco-construction solidaire en Champagne. Nous proposons de nombreuses activités afin de vulgariser et sensibiliser le grand public, les professionnels, ou des groupes avec différents profils.
Nous avons beaucoup d’activités autour d’ateliers permettant aux gens de mettre la main à la pâte et d’avoir un rapport à la matière par le toucher, car nous pensons que l’on apprend mieux par la pratique. Nous proposons également d’autres formats comme des conférences, des expositions, des tables rondes et des visites de réalisations exemplaires ou en cours de chantier.
Nous proposons aussi des accompagnements personnalisés pour les personnes qui ont des projets spécifiques.
Nous sommes sollicités par des particuliers, notamment des auto-constructeurs et auto-rénovateurs ou des professionnels qui veulent mettre en œuvre des matériaux bio et géosourcés.
Notre matériau de prédilection, c’est la terre. Mais il faut aussi veiller à utiliser le bon matériau au bon endroit donc il y a forcément une réflexion de cohérence globale à avoir en intégrant l’ensemble des matériaux pour concourir à un projet pertinent.Et sur le domaine, qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce tout ce qui est lié à la terre ?
C’est très large. Dans le domaine du bâtiment, il y a déjà un enjeu à faire connaître le matériau terre en tant que ressource locale. Comme nous sommes basés à Reims, il y a un patrimoine très important en terre crue, encore méconnu sur ce territoire-là. L’un des principaux enjeux est la rénovation de ce bâti existant. Les actions de sensibilisation peuvent y répondre, car nous expliquons comment rénover ce bâti qui est déjà en terre et les spécificités de ce matériau. Au fil des années, nous avons aussi de plus en plus de demandes pour des projets neufs pour construire avec de la terre.
Pourriez-vous me citer quelques actions concrètes ?
Voici par exemple, des actions de sensibilisation organisées sur Reims :
- Animation autour de projets de micro-architecture où l’idée est de reprendre le contexte d’un bâtiment, voire la notion de soubassement ou de protection de toit pour ne pas que l’eau puisse s’infiltrer dans la paroi du mur. On organise des ateliers, parfois sur plusieurs séances ou plusieurs jours et avec des publics différents pour les sensibiliser et pour qu’ils mettent les mains dans la terre ou dans la pierre pour le soubassement.
- Nous avons également collaboré avec une association située dans un quartier prioritaire de la ville, qui fait de la promotion du spectacle vivant dans les quartiers. Là, l’idée était de construire des bancs pour recréer une scène circulaire, qui a ensuite été réutilisée dans le cadre de la vie du quartier. Nous les avons conçus uniquement avec des matériaux locaux : des pierres de réemploi, de la bauge puis nous avons réalisé des enduits terre et chaux.Comment travaillez-vous avec la DREAL ?
Nous l’avons rencontrée dans le cadre du collectif biosourcés Grand Est, dont notre association est membre actif sur la filière terre. La DREAL est un membre très impliqué pour le développement de ce collectif. Au fil des années, la DREAL nous a soutenus sur des projets spécifiques, au niveau financier, juridique, administratif, mais aussi techniquement grâce à la mise en réseau avec d’autres acteurs.
Nous intervenons également dans le cadre des Ambassadeurs Biosourcés Grand Est en présentant la filière terre crue, ce qui nous donne aussi une visibilité auprès des professionnels du bâtiment.
Dernièrement nous avons travaillé sur la publication d’une brochure sur la filière terre, avec la DREAL et le Parc naturel régional de la Montagne de Reims.En quoi le réseau des ambassadeurs matériaux biosourcés est important pour vous ?
En fait, nous découvrons à chaque session un public vraiment différent. Toutes les filières sont présentées afin de montrer l’importance de leur complémentarité. Cela permet d’être en réseau avec les autres filières, mais aussi de pouvoir transmettre et sensibiliser les participants à cette formation. Je l’ai MOI-même suivie pour apprendre des choses sur les autres filières.
De plus, il y a dans ce réseau de nombreux prescripteurs et maîtres d’ouvrage et ce n’est pas le public que nous arriverions forcément à toucher de notre côté. Avec la DREAL, cela avons une légitimité pour toucher ce public, ce qui est important pour nous. -
Gérant du bureau d’études Étude Bois du Barrois, spécialisé en enveloppe et structure bois.
Pouvez-vous nous parler de la structure dans laquelle vous travaillez et de son rôle dans le domaine des matériaux biosourcés ?
J’interviens aujourd’hui au nom d’Ingénierie Bois Construction - IBC, l’association qui regroupe les bureaux d’études de spécialité bois (il y en a une soixantaine en France).
Nous sommes plus généralement des bureaux d’études spécialisés en enveloppes et en structures bois. Le bois étant déjà un matériau biosourcé de base, nous avons forcément une appétence pour tout ce qui est biosourcé. Globalement, on va aller vers des isolants biosourcés, vers la terre, vers de la frugalité dans nos structures.Pas seulement du bois alors ?
Pas seulement du bois, parce qu’il y a la notion d’enveloppe. Quand on construit en bois, l’enveloppe, c’est un mur, une toiture. Il y a donc des questions de migration, d’humidité ou d’étanchéité à l’eau…
On gère toute la notion d’enveloppe. Et donc dans cette enveloppe, on va forcément intégrer des isolants, comme les laines de bois, les ouates de cellulose ou encore la paille, le chanvre, la laine de mouton. Alors voilà, tous autant que nous sommes, nous allons maximiser la part de biosourcés dans nos projets.Pourriez-vous me citer quelques actions concrètes ?
La filière paille coorganise souvent des visites de chantier avec des bureaux d’études bois.
Par exemple, la dernière portait sur un projet conçu par le bureau d’études ISAIAS de Nancy avec un bâtiment 100% bois, ossature bois, paille, mise en œuvre sur chantier, charpente bois avec de la ouate insufflée. Ce sont typiquement des solutions technico-économiques performantes que nous allons prescrire, même l’utilisation de la paille n’est pas si courante.
Nous cherchons également à valoriser des ressources locales. À Épinal, le bureau d’études ICSbois a conçu la structure de l’extension de la CAPEB en bois massif, pour favoriser les bois Vosgiens ; sur proposition de l’entreprise, ils ont mis en œuvre des bois scolytés. Il s’agit de bois dépérissant sur pied à cause d’un scolyte : s’ils ne perdent pas leurs caractéristiques mécaniques, ils présentent une esthétique un peu particulière, qui génère un gros frein psychologique à leur usage. Chez IBC, plusieurs bureaux d’études ont montré, à travers plusieurs projets comme celui-ci, que l’on pouvait utiliser ces bois-là en structure.
Plusieurs projets ont montré que les bureaux d’études bois permettent de sortir un peu des clous pour valoriser la ressource, même quand elle est un peu dénigrée.
Dans le Grand Est, il y a le Centre Pompidou à Metz, qui a été étudié par un bureau d’étude suisse, et où Dominique Calvi, fondateur d’IBC, a été conseil externe pour la maîtrise d’ouvrage devant la complexité technique de l’ouvrage. Il a eu un rôle de conseil neutre pour valider que la structure étudiée était bonne. La structure est tellement compliquée qu’elle est invérifiable, si ce n’est par celui qui l’a calculée. Mais comme on est sur des ouvrages d’art un peu exceptionnels, il fallait pouvoir quand même vérifier l’étude structurelle.Comment travaillez-vous avec la DREAL ?
La DREAL Grand Est a aidé l’association IBC dans le cadre de la refonte de son site internet, daté de quinze ou vingt ans, ainsi que lors de son orientation sur le réemploi de bois en structure.
La montée en compétence des acteurs est un des objectifs de l’association : on échange, on partage nos problèmes et les solutions possibles. Un des problèmes posé portait sur le bois de réemploi : comment justifier de faire du bois en réemploi ? Un groupe de travail a travaillé bénévolement pendant un an, jusqu’à sortir des résultats, qui nécessitaient un investissement en temps pour aller plus loin, et donc des subventions. Grâce à ce premier soutien financier de la DREAL, nous avons formalisé le travail et réalisé un livre blanc de l’état de la connaissance sur l’ingénierie bois face au réemploi de bois en structure. Ce livre blanc nous a permis d’aller chercher d’autres subventions auprès du Codifab, le comité de filière bois qui finance des projets, en nous basant sur ce travail déjà réalisé et conséquent. Nous avons ensuite pu réaliser un guide des missions de réemploi, qui est sorti il y a 2 mois, et sur lequel les premiers retours sont très positifs. Ce guide est accueilli comme une aide méthodologique précieuse pour conduire les projets de réemploi de bois en structure.Pour cette formation aujourd’hui, vous intervenez sur quel sujet précisément?
Mon sujet est "comment réussir son projet bois biosourcés" sous l’angle de la place du bureau d’études bois dans une équipe de maîtrise d’œuvre. Je ne vais pas seulement parler de la maîtrise d’œuvre, mais aussi des programmistes, car c’est par l’amont que ça commence. Je vais également parler de la phase chantier. Beaucoup trop de projets bois échouent ou se passent mal en l’absence de bureau d’étude bois.
En quoi le réseau des ambassadeurs matériaux biosourcés est important pour vous ?
D’une manière générale, je trouve ça très bien d’arrêter d’être entre soi. Quand l’on fait nos réunions du collectif de la filière paille ou d’IBC, nous sommes uniquement entre gens convaincus et on sait très bien que c’est la bonne solution. Mais il est essentiel de transmettre, d’expliquer et de fournir de l’information à des gens qui ne viennent pas de ce monde-là. Nous sommes minoritaires dans le monde du bâtiment et il faut donc acculturer les maîtres d’ouvrage et les donneurs d’ordre à ce qu’est la construction bois quand elle est réussie.
Donc voilà, c’est une très bonne démarche qui diffuse du savoir-faire et des bonnes pratiques.
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Elle dirige le Pôle européen du Chanvre, société coopérative d’intérêt collectif basée à Troyes.
Pouvez-vous nous parler de la structure dans laquelle vous travaillez et de son rôle dans le domaine des matériaux biosourcés ?
Le pôle européen du chanvre est une entreprise coopérative dont le rôle est de développer la production, les transformations et les usages du chanvre dans l’ensemble des marchés qui sont concernés, de la partie agricole aux consommateurs. Le chanvre est une plante utilisée dans énormément de secteurs, dont le bâtiment en fait partie, mais c’est loin d’être le seul marché sur lequel nous travaillons.
Le rôle de mon entreprise consiste à animer l’écosystème d’acteurs qui interagissent finalement autour du chanvre, quel que soit leur secteur d’activité. Il est aussi de monter ou d’assister au montage de projets structurants qui vont permettre toujours de développer la production, les transformations et les usages ; et enfin d’accompagner le développement de filières sur divers territoires dans le domaine des matériaux biosourcés.
Nous avons un rôle particulier de référent Grand Est de l’association "Construire en chanvre national", qui est l’association qui pilote l’ensemble de la filière chanvre bâtiment, notamment en termes de catalogue de formation, de certification, de labellisation des granulats et de négociation des règles professionnelles.
Notre rôle est de développer cette association sur le territoire, de développer les formations, notamment des architectes et des metteurs en œuvre, et de travailler notamment avec les maîtres d’ouvrage pour qu’ils comprennent et utilisent plus du chanvre dans leurs marchés publics.
Sur la partie bâtiment, nous travaillons à l’échelle de la région Grand Est.Pouvez-vous nous détailler un peu plus le chanvre, et notamment dans le bâtiment ?
Le chanvre est une plante qui se récolte tous les ans. Elle a un intérêt très fort car elle ne nécessite aucun pesticide et aucune irrigation. C’est une plante extrêmement écologique dans sa culture, qui fait énormément de bien au sol parce qu’elle va structurer les sols et une fois qu’elle pousse, va permettre aux transformateurs d’utiliser à la fois la graine du chanvre, mais aussi la paille qui est séparée en deux parties :
- la fibre pour les secteurs du textile, du papier, de la laine isolante
- la chènevotte, le petit bois qui tient la tige, utilisable dans le secteur du bâtiment pour faire du béton de chanvre.
Le chanvre dans le bâtiment, c’est trois usages principaux : en enduit, en laine isolante et en béton de chanvre, qui est vraiment la principale utilisation permettant de monter des murs qui ne sont pas porteurs mais qui sont auto-isolants.Pourriez-vous me citer quelques actions concrètes ?
Côté bâtiment, notre action principale porte sur la formation et en particulier la structuration de la formation au niveau du Grand Est.
Une autre action porte sur le conseil aux maîtres d’ouvrage. Parmi nos associés du milieu de l’entreprise, on compte des acteurs extrêmement divers, comme des maçons, architectes, bureaux d’études, maîtres d’ouvrage… Nous créons des pools d’experts techniques capables de répondre à toutes les questions des maîtres d’ouvrage, comme la mise de biosourcé dans un bâtiment, ou l’utilisation de chanvre.
Au niveau du bâtiment, on a une dimension un peu événementielle avec l’organisation de visites de l’écosystème "chanvre", du champ jusqu’à la réalisation. On le fait de manière occasionnelle en fonction des demandes, mais aussi dans le cadre du Forum mondial du chanvre que l’on organise tous les deux ans, et qui est une action forte pour tous secteurs. Un des points forts de ce forum, c’est que on va avoir des bâtiments exemplaires commentés par des experts du secteur.Comment travaillez-vous avec la DREAL ?
Je travaille avec la DREAL depuis mon arrivée au pôle. Au départ, la DREAL a soutenu l’émergence de l’association Construction Chanvre Grand Est, qui était l’émanation d’associations nationales, et que le pôle a remplacée.
La DREAL nous a soutenus dans des actions notamment de promotion et de diffusion.
Nous sommes également membre actif du collectif biosourcés et dans ce contexte là, nous travaillons quotidiennement avec la DREAL. De temps en temps, nous sommes sollicités pour intervenir en tant qu’expert autour du chanvre. Avoir un interlocuteur étatique à l’écoute de la question des nouveaux matériaux est très important pour nous.En quoi le réseau des ambassadeurs matériaux biosourcés est important pour vous ?
Il s’agit d’un réseau dont je parle beaucoup autour de moi, notamment aux maîtres d’ouvrage. Le travail qu’il réalise, et en particulier les formations, est un modèle qui a été repris ailleurs, ce qui prouve que ça marche. En ce qui me concerne, c’est toujours le premier endroit où j’adresse les maîtres d’ouvrage qui ont besoin de savoir par où commencer, qui ne connaissent pas les biosourcés de manière générale, et à qui ça fait un peu peur. Ce réseau va commencer par démystifier les matériaux biosourcés et s’appuyer ensuite sur ses ses membres. Donc voilà, le réseau des ambassadeurs des biosourcés représente à mes yeux un outil dont le Grand Est peut être très fier.
Ce que j’apprécie particulièrement est le fait de travailler en collectif avec les autres matériaux, dans une optique commune de mieux travailler ensemble. Et je suis persuadée que chaque territoire et chaque projet ont leurs propres matériaux à mettre en œuvre. Je me bats pour qu’on utilise plus de chanvre en Grand Est, qui est la région leader européen de la production de chanvre. Donc c’est vraiment dommage de ne pas utiliser de chanvre dans nos bâtiments. -
Chargé de mission Climaxion, le programme de la région Grand Est et de l’ADEME pour accompagner les porteurs de projets sur la rénovation et l’énergie renouvelable, il est engagé à titre personnel sur la filière paille Grand Est.
Pouvez-vous nous parler de la filière paille Grand Est et de son rôle ?
La paille est un des matériaux utilisés pour faire des travaux de constructions neuves ou de l’isolation de bâtiments existants ; c’est un matériau avec beaucoup de qualités mais qui ne s’auto-suffit pas.
La filière paille est une structure associative locale qui essaie de fédérer les acteurs s’intéressant à la construction paille, de monter en compétences, de faire des animations, de promouvoir le matériau, de lever les problèmes. C’est l’équivalent de ce que fait le réseau français de la construction paille à l’échelle nationale.En quoi la paille est-elle un matériau biosourcé ?
La paille est un produit naturel issu de la biomasse. On fait pousser des céréales : les racines sont laissées dans le sol, et la tige est utilisée soit en litière, soit pour faire du paillage, soit pour la construction, et les céréales et grains servent à se nourrir.
La région est très céréalière, notamment en Champagne-Ardenne, avec différentes céréales (blé, avoine, triticale, seigle). La paille est une des ressources naturelles qui pousse tous les ans et que l’on peut valoriser pour faire des travaux. Et pourquoi? Parce qu’elle est ramassée soit sous forme de botte, soit en vrac ou sous forme de panneaux avec la bonne densité. Le fait que dans la fibre même de la paille, il y a de l’air emprisonné avec une grosse densité, en un bon isolant. L’épaisseur d’une botte de paille permet de faire des bâtiments basse consommation, économes en énergie.
La paille peut également être utilisée comme support pour porter des enduits, et aussi éventuellement pour porter du poids (on peut faire des bâtiments en paille porteuse).Pourriez-vous me citer quelques actions concrètes ?
Nous réalisons des visites de chantier avec des maîtres d’œuvre, des maîtres d’ouvrage, des architectes …tous ceux qui interviennent dans la construction ou rénovation.
La dernière visite a eu lieu en janvier à Vannes-le-châtel, près de Toul, avec le bureau d’études bois, le bureau d’étude thermique et l’architecte. Il y avait une trentaine de personnes
On a aussi fait des études grâce à la DREAL, qui a accueilli des stagiaires. Par exemple, nous avons travaillé sur le recensement des bâtiments en paille dans la région ou sur le pré-dimensionnement de toitures en paille, c’est-à-dire comment évaluer le poids, la résistance thermique d’une solution avec de la paille en toiture.
Nous répondons aussi à des besoins ponctuels, comme par exemple d’architectes ou maîtres d’ouvrage qui sollicitent des renseignements sur leurs projets. Il s’agit de faire du lien et de faire circuler des informations.
Nous réalisons aussi des interventions pour faire connaître la construction paille, apporter des connaissances de base à des chargés de mission, des professionnels…
Il y a enfin une partie de travail entre pairs. Par exemple, nous avons fait un atelier en mars avec des adhérents pour discuter de ce qu’on fait, et de ce qu’on pourrait ou devrait faire pour que la construction paille se développe dans la région.Comment travaillez-vous avec la DREAL ?
Dans les mois qui ont suivi la création de la filière paille, nous avons très vite eu un premier lien avec la DREAL, dont la première action a notamment été de nous proposer d’intervenir à la formation ambassadeurs matériaux biosourcés. Il y a des interventions génériques sur la durabilité des matériaux biosourcés ou leurs qualités générales, mais dès le début de la conception de la formation, il avait été décidé d’intégrer un module sur la paille.
Ce partenariat est gagnant-gagnant pour nous, c’est un moyen de promouvoir la filière, et la DREAL a besoin de son côté de référents spécialisés sur ce domaine.
Nous contribuons aussi au collectif biosourcé, dans lequel la filière paille à sa place depuis le début.En quoi le réseau des ambassadeurs matériaux biosourcés est-il important pour vous ?
C’est vraiment fondamental que la DREAL porte cette formation qui rencontre un certain succès, puisqu’elle en est à 14e session. Cela représente plusieurs centaines de personnes qui ont eu des contacts et des informations importantes pour pouvoir utiliser des matériaux biosourcés.
Pour nous, c’est un moyen de toucher plus de monde dans un cadre reconnu. Il y des propos génériques mais également des focus sur plusieurs filières qui sont complémentaires, répartis sur deux jours.
Nous y trouvons aussi l’intérêt de former un réseau, d’y trouver un vivier de personnes du Grand Est montrant un intérêt pour ce qu’on promeut et pour échanger. Nous avons eu l’occasion de faire une action autour de la mise en oeuvre du chanvre sous plusieurs formes, en organisant une visite de chantier pour découvrir les matériaux. Les participants ont pu voir concrètement le travail du chanvre, en version chantier et dans plusieurs configurations. Ils ont pu toucher et, expérimenter eux-mêmes, et beaucoup sont repartis enchantés.
Pour ma part, j’aimerais bien qu’on arrive à mettre en place des chantiers écoles et des chantiers participatifs, où le réseau pourrait être systématiquement convié, ce qui permettrait de rapprocher les gens qui font et les gens qui conçoivent, pour qu’ils se comprennent mieux.
La formation vue par les participants
Architectes, maîtres d’ouvrage ou agents publics… Les participants se sont exprimés sur les enseignements de la formation et les perspectives qu’elle ouvre dans leurs pratiques professionnelles.
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Deux architectes associés, dont l’agence s’appelle Charades architecte, à la frontière entre les Vosges et l’Alsace.
Quel est votre lien avec les matériaux biosourcés ?
Nous avons commencé à en parler pendant les études, à la sortie desquelles nous avons créé l’association Charades, dans le but de valoriser ces matériaux en chantier participatif et autres !
Du coup, nous avons commencé à réaliser des chantiers participatifs en essayant d’utiliser la pierre, la paille, la terre.
En parallèle, nous avons un projet personnel de réalisation d’un habitat partagé en rénovation avec beaucoup de matériaux biosourcés, qui est un peu un projet laboratoire pour l’utilisation de différents matériaux biosourcés.
De son côté, Myriam a aussi fait un petit tour des chantiers participatifs en France à la sortie de ses études.
Et maintenant nous nous lançons en maîtrise d’œuvre avec notre agence d’architectes, avec l’envie de structurer un peu ce sujet.En quoi la DREAL vous semble-t-elle indispensable pour développer ces filières sur le Grand Est ?
Ce qu’on voit là, c’est qu’il y a une grande porosité entre les différents acteurs des différentes filières, et que la DREAL participe au fait de mettre en réseau toutes ces filières pour permettre de faire ensemble justement. Développer ensemble le cadre assurantiel, dont on parlait tout à l’heure, et le fait d’avoir des avis techniques sur les différentes techniques est essentiel.
La formation permet aussi d’aborder le cadre législatif et réglementaire sur l’ensemble des matériaux biosourcés, au-delà de l’approche plutôt par la matière ou par le pratiqué.Avez-vous des projets concrets sur votre territoire ou dans votre activité où ces matériaux pourraient être utilisés ?
Avec l’association, nous travaillons dans un projet de chantier participatif à Poix-Terron dans les Ardennes. Il est situé à côté du tiers-lieu, la locomotive, et d’une guinguette en bois. Une partie fermée sera faite en torchis, avec la participation des habitants du village.
Pour sa part, l’agence essaye pour l’instant de pousser un peu les filières ; mais compte-tenu de sa jeunesse, elle n’est pas encore prête. Nous travaillons en bâti ancien, où il y a un peu une obligation de travailler avec des matériaux biosourcés pour le respect des migrations de vapeur d’eau, etc. Il y a déjà des projets avec lesquels on a envie de travailler, avec notamment de l’isolation en chaux-chanvre ou en terre-chanvre. Ce sont des techniques que l’on va être amenés à utiliser très vite dans notre activité en tant que maître d’œuvre.S’il ne devait y en avoir qu’une, quelle information retiendriez-vous de cette formation ?
Cette formation est très complète, mais je dirais : bien s’entourer. Enfin, je trouve ça chouette que dans la formation, toutes les ressources mises à disposition et les sites internet soient accessibles.
Est-ce que justement ce type de formation ou le fait d’être ambassadeur vous aide dans vos missions au quotidien ?
Nous le faisons aussi pour être identifié, pour avoir un peu une couleur sur notre agence, pour afficher notre sensibilité à ces matériaux et pour être sollicités sur des projets qui nous intéressent.
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Chef de projet de la performance environnementale des bâtiments, en administration centrale du ministère de la Transition écologique, à la sous-direction qualité-construction.
Quel est votre lien avec les matériaux biosourcés ?
A mon poste, je travaille sur tout ce qui a trait aux produits de construction biosourcés, à l’échelle nationale. Je me concentre surtout sur la partie réglementation pour appliquer les volontés politiques de soutien à ce type de matériaux. Je fais également de la veille sur les filières pour comprendre les enjeux et les problématiques, dans l’objectif de pouvoir adapter nos dispositifs, etc.
En quoi la DREAL vous semble-t-elle indispensable pour développer ces filières sur le Grand Est ?
C’est pertinent au même titre que la décentralisation. Le territoire français est grand et il n’y a pas les mêmes spécificités partout. Nous avons vu sur la la carte des différents modes traditionnels pour la construction en terre crue, que ce n’était pas les mêmes en fonction des régions. Les DREAL sont des entités disposant de connaissances plus fines au niveau territorial, ce qui leur permet de gérer plus efficacement sur le terrain et d’appliquer nos politiques publiques au niveau opérationnel.
Je suis notamment en contact avec Stéphane GUIDAT, référent du réseau filière verte dans le Grand Est.Que vous apporte le fait de participer à cette formation, en étant en administration centrale ?
Cette formation m’apporte pas mal de bagage technique dans un premier temps, et me permet également de comprendre le fonctionnement des filières au niveau local et le chantier de manière opérationnelle. J’ai par exemple discuté avec mon voisin, architecte, sur un dispositif que nous portions en centrale : selon lui, l’application que nous avions imaginée n’allait pas fonctionner pour diverses raisons. Cela me permet ainsi de prendre du recul sur mon travail et d’anticiper de potentiels points bloquants, que l’on ne pourrait pas identifier sinon. C’est d’ailleurs le rôle des concertations obligatoires avant la publication d’un texte de loi.
Je suis d’ailleurs satisfait de voir que les participants sont issus d’horizons différents, ce qui permet d’engager le débat, d’avoir des discussions constructives et créer du réseau entre les acteurs pour faire avancer les dynamiques en région.S’il ne devait y en avoir qu’une, quelle information retiendriez-vous de cette formation ?
C’est vraiment l’anticipation sur la programmation d’un chantier. C’est important de savoir exactement ce que l’on souhaite en amont et de s’entourer des bonnes personnes pour d’une part réduire les coûts et avoir un projet qui file droit. C’est comme ça qu’on va avancer et montrer que les ressources biosourcées ont leur place dans la construction.
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Référente technique énergie à la région académique du Grand Est.
Quel est votre lien avec les matériaux biosourcés ?
J’accompagne mes collègues chargés d’opérations sur les travaux réalisés au sein de la région académique Grand Est, donc sur les bâtiments du ministère de l’Éducation nationale, en apportant une expertise liée à ma formation sur la partie chauffage, ventilation, climatisation et thermique du bâtiment.
Je suis venue suivre cette formation sur les matériaux biosourcés, en cas de projets de rénovation du bâti où nous pourrions employer des matériaux biosourcés.En quoi la DREAL vous semble-t-elle indispensable pour développer ces filières sur le Grand Est ?
À titre personnel, je pense que c’est une bonne chose que ce soit un acteur public, en l’occurrence l’État qui encourage l’utilisation de matériaux biosourcés. Cela montre qu’il porte ses propres politiques publiques, et qu’il encourage aussi l’utilisation de ces matériaux dans la construction et la rénovation.
Avez-vous des projets concrets sur votre territoire ou dans votre activité où ces matériaux pourraient être utilisés ?
Oui, nous avons utilisé de la ouate de cellulose sur un projet d’isolation.
S’il ne devait y en avoir qu’une, quelle information retiendriez-vous de cette formation ?
C’est le côté boîte à outils. A l’issue des présentations assez denses, je trouve très intéressant d’avoir une boîte à outils avec plein de liens et de livres, etc, à consulter si on veut aller plus loin, et éventuellement de formations complémentaires.
Qu’est-ce que justement cette formation peut vous apporter pour vos missions au quotidien ?
Je la trouve très intéressante. J’avais quelques notions liées à mes études d’ingénieur à l’INSA. Mais là, même si c’est sûr qu’on n’approfondit pas chaque matériau, j’apprends plein de choses sur la terre crue que je connaissais très peu, sur la paille… J’espère avoir l’occasion à l’avenir d’utiliser des matériaux biosourcés dans des projets. Cela me permettra d’impulser des réflexions à ce sujet en tant que maître d’ouvrage ambassadrice.
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